Pour que le règne de Pep Guardiola au Bayern Munich ne soit pas taxé d’échec, il lui faut remporter la Ligue des champions avant de filer à l’anglaise la saison prochaine.

Un club riche et historique, doté de standards de jeu héréditaires, fier de sa formation et qui doit impérativement actualiser sa vitrine de trophées chaque saison. Il ne s’agit pas du Barça, mais bien du Bayern Munich.

Gagner la C1, ou rien

S’il y a bien un club où Pep Guardiola aurait pu exporter sa méthode dont la viabilité hors des frontières ténues et corsetées de la Catalogne a été contestée, c’est bien au Bayern. La ressemblance de l’environnement étant frappante, même si des subtilités persistent. Néanmoins, Pep avait tout pour réussir en Bavière. Et si l’on ne peut pas taxer son legs munichois d’échec cuisant, on ne peut guère faire résonner les martiales trompettes du succès au moment d’évaluer son bilan.

Pour que Guardiola ne passe pas sous les fourches caudines d’un bilan en demi-teinte et bien loin de ce qu’il a pu accomplir à Barcelone, il doit impérativement remporter la Ligue des champions. Et pour cela, il doit d’abord se défaire d’une teigneuse équipe de l’Atlético Madrid.

Mais pourquoi ne pas gagner la C1 qualifierait irrémédiablement le bilan de Guardiola d’échec ? Pour répondre à cela, il faut d’abord replacer le contexte. Car le plus grand drame de Guardiola est sans doute d’être arrivé après la saison parfaite de Jupp Heynckes. Interrogé sur ses méthodes et sur leur compatibilité éventuelle avec celles de son héritier, le coach allemand s’était laconiquement fendu d’un : “Je lui ai laissé une équipe en parfait état de fonctionnement”. À partir de ces propos, il est aisé d’imaginer le scepticisme entourant Pep à son arrivée. Surtout dans un club aussi conservateur.

Malgré cette défiance, le Catalan de Santpedor a conduit son vaisseau comme il l’entendait. Citons d’abord la liberté de recrutement (Javi Martinez avant son arrivée, Thiago Alcantara, Lewandowski, Xabi Alonso, etc), même s’il a parfois été critiqué par les dinosaures historiques du club lui reprochant des joueurs trop exotiques à leurs goût. Parlons encore de la latitude générale dont il jouissait, changeant de système tactique avec une grande célérité et se permettant même quelques frasques qui témoignaient de sa grande liberté d’action.

Ce n’est pas l’ancien staff médical bavarois et son chef historique Hans-Wilhelm Müller-Wohlfahrt qui contrediront ce postulat. Guardiola les avait applaudis ironiquement suite à une accumulation de blessés lors d’une défaite contre Porto. L’historique médecin du Bayern a démissionné le lendemain.

Guardiola ne peut donc en aucun cas invoquer d’avoir eu les mains liées et de ne pas avoir pu, par conséquent, réaliser sa vision à 100%. Après avoir joué les finales en 2010 et 2012 et avoir gagné la C1 en 2013, le Bayern était en droit d’espérer un titre européen de la part de celui que d’aucuns considèrent comme le meilleur entraîneur du monde. Une Ligue des champions en 3 ans, ce n’est pas trop demander à Munich pour un coach qui outre quelques reproches sur son turn-over, ses modifications tactiques (4-3-3, 4-2-3-1, 4-1-4-1, 3-4-3) ou son recrutement “latin”, n’a jamais eu à souffrir d’entraves ou de critiques sérieuses sur son management. Même quand il n’a trouvé aucune réponse tactique viable au Real super vertical d’Ancelotti ou contre son ancienne équipe du Barça.

En attendant son arrivée dans les Eastlands, où il jouira certainement d’une liberté encore plus grande dans un club de Manchester City qui a tout préparé pour sa venue (investissements colossaux à l’Academy, anciens dirigeants du Barça débauchés et absence de traditions restrictives et d’entraves historiques ou stylistiques), Guardiola n’a plus le choix. S’il veut que son passage au Bayern soit taxé de fructueux, il doit passer le rugueux obstacle Atlético ce mercredi soir. Et ce ne sera pas une mince affaire.

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